Témoignages

Le Parcours migratoire en Suisse

Les témoignages ont été faits dans une classe de français. Nous avons posé des questions et enregistré l’échange que nous avons alors exposé durant notre événement dans le cadre de la journée mondiale des réfugié.e.s, 20 juin 2019.

PM 1

Bonjour Hassani. Est-ce que tu peux d’abord te présenter ?

Oui, je m’appelle Hassani, je viens d’Afghanistan mais j’ai grandi en Iran, j’ai passé 27 ans en Iran. Je suis venu en Suisse il y a quatre ans, en 2015.

Comment ton arrivée en Suisse s’est-elle déroulée ?

Je suis entré en Suisse par Bâle. C’était intéressant pour moi. Je suis arrivé en train et j’ai regardé par la fenêtre et soudain j’ai vu le paysage. C’était tout vert, le train était dans la forêt et il n’y avait que des arbres. En Iran, tout est très sec et c’était un très grand contraste.

Et quels sont les souvenirs de ton arrivée en Valais ?

D’abord j’ai été transféré à St-Gingolph. Maintenant j’habite à Sion. C’est une ville qui me plaît. Je suis resté un mois en Valais et environ un mois et demi à St-Gingolph.

Comment t’es-tu senti à ton arrivée ?

La Suisse me plaît. Je me sens en sécurité ici et les gens sont intelligents. Mais il y a aussi des chocs pour moi. En comparaison avec l’Iran, où il y a huitante millions d’habitants, la Suisse me semble très, très calme. 

De quel permis es-tu titulaire ?

Maintenant j’ai le permis F. Je ne sais pas si je dois dire « heureusement » ou « malheureusement ».

Pourquoi ?

Tout le monde sait que c’est difficile avec le permis F. Le fait que ce soit un permis provisoire est stressant. Je suis parti d’Iran pour ma famille qui est maintenant en Suisse, mais comme on ne sait pas si on peut rester, c’est angoissant. De plus il y a beaucoup de choses interdites avec le permis F. Par exemple, on ne peut pas voyager. Ma mère et ma sœur sont en Suède, à Stockholm. Ma mère est âgée et malade, et je ne peux pas aller la voir. Enfin, on ne peut par exemple pas acheter de carte SIM avec le permis F.

Et puis c’est difficile de trouver un travail. Les patrons regardent notre permis et voient sur notre permis le mot « provisoire » et ne veulent pas nous accepter. C’est logique parce que tu peux être renvoyé d’un coup et personne ne sait si c’est dans un mois ou une année.

Qu’est-ce que tu attendais de la Suisse en arrivant ?

Quand je suis arrivé en Suisse, le plus important pour moi était de m’intégrer. Pour cela et pour étudier il fallait que j’apprenne le français. C’est ce que j’ai fait pour être accepté.

Et tu as l’impression d’avoir réussi ?

Maintenant je dirais que je suis à moitié intégré. Mais c’est difficile de parler une langue étrangère et c’est très important pour s’intégrer.

Que voudrais-tu encore réaliser en Suisse ?

Pour moi le plus important c’est de trouver du travail. Je cherche une place d’apprentissage. Je voudrais avoir un CFC. J’ai aussi deux enfants. Mon fils a 10 ans et ma fille a 6 mois. C’est important pour eux que j’aie un travail pour pouvoir changer du permis F au permis B.

PM 2

Est-ce que tu peux d’abord te présenter ?

Bonjour. Je viens d’Erythrée. On a quitté notre pays parce que notre président est un dictateur. On a dû faire le service militaire obligatoire et ça durait longtemps. C’est à cause de cela que l’on est parti.

Et où es-tu arrivée d’abord en Suisse ?

Je suis arrivée à Bâle. Je suis restée trois semaines et j’ai été transférée à Sion ensuite. Après j’ai été aux Mayens de Chamoson. 

Comment était-ce ?

Je suis restée six mois aux Mayens de Chamoson. J’étais un peu stressé parce que c’était la première fois que j’étais en montagne. J’ai travaillé comme nettoyeuse, j’ai fait la vaisselle. Et après 6 mois j’ai été transférée à Martigny, à Ravoire dans les montagnes. Je suis restée là-bas quatre mois avec douze filles dans une maison de trois étages. Enfin, j’ai été transférée à Martigny et j’habite maintenant à Martigny. 

Pendant toute cette période où tu as été transférée plusieurs fois, comment t’es-tu sentie ?

J’avais peur parce que je ne connaissais pas vraiment la langue française. Je ne connaissais pas les personnes qu’il y avait ici non plus. C’était dur pour moi.

Quelles sont les choses que tu peux et que tu ne peux pas faire avec le permis que tu as actuellement ?

J’ai un permis N. Je ne peux pas sortir de la Suisse. Je ne peux pas avoir de permis de conduire. Je peux faire un stage pour un apprentissage mais il y a des limites. On ne peut pas faire tous les métiers. On peut faire du nettoyage dans les hôtels, travailler dans les soins ou dans les cuisines. 

Et toi tu as une formation en Erythrée ?

J’étais militaire. 

Mais as-tu fait une école ?

J’étais étudiante en biologie. Ici, je n’ai pas le droit de faire le travail que je veux.

En quoi est-ce que ton permis complique ta vie quotidienne ?

Le principal problème pour moi est que je ne peux pas me former. Je ne peux pas faire l’université, par exemple.

Qu’attendais-tu de la Suisse quand tu es arrivée ?

On n’est pas libre dans notre pays. On est venu ici pour être libre.

As-tu l’impression que c’est le cas ?

Je me sens libre d’un côté, mais de l’autre il y a des choses que je ne peux pas faire à cause de mon permis.

Qu’as-tu fait depuis ton arrivée ici ?

J’ai appris le français. J’ai travaillé à l’Hospice du St-Bernard. On nettoyait les chambres. 

Et qu’aurais-tu encore envie de faire ici ?

J’aimerais améliorer mon français. J’aimerais aussi étudier, ou faire un stage et un apprentissage, vivre ma vie sans dépendre de l’aide sociale. Mais pour cela, il faut que j’aie un autre permis que le permis N. C’est ce que j’espère le plus.

Y a-t-il quelque chose que tu voudrais ajouter ?

Oui. Je suis en Suisse depuis trois ans et j’ai fui un pays dangereux. Pourtant j’ai reçu une réponse négative il y a un mois et demi. J’ai fait recours mais je ne sais pas encore quand on va me répondre. De ce fait je me sens triste.

PM 3

Bonjour. Peux-tu d’abord te présenter ?

Bonjour. Je suis afghane, mais j’ai grandi en Iran. Je parle le Persan. Je suis en Suisse depuis deux ans et demi. 

Comment s’est déroulée ton arrivée en Suisse ?

J’ai d’abord été à Bâle pendant deux mois où j’ai travaillé à la buanderie et fait des travaux de couture. Ensuite j’ai été transférée à Sion où j’ai pu travailler à la Boutique. Je suis ensuite restée à St-Gingolph pendant cinq mois et j’ai fait des travaux de nettoyage. On m’a ensuite transférée aux Mayens de l’Ours pendant cinq mois, j’ai habité ensuite à Grône et maintenant on m’a trouvé un logement à Châteauneuf.

Tu connais donc bien le Valais. Quelles ont été tes impressions quand tu es arrivée ?

L’Afghanistan, c’est l’Asie, et la Suisse, c’est l’Europe. Il y a donc beaucoup de différences. Le début a été très difficile parce que la condition de réfugié est stressante : on ne connaît personne, on ne parle pas la langue et on ne sait pas si on va pouvoir rester. Après trois mois, j’ai eu un permis F et c’est compliqué de trouver des places pour des cours de langue avec un permis F. J’ai appris le français sur mon smartphone et avec des ami.e.s suisses rencontré.e.s à la Médiathèque de Sion. Au Botza, j’ai eu une formation pour devenir aide à domicile et je commence bientôt la formation pour devenir assistante en soin. En Afghanistan, j’étais enseignante à l’école primaire.

Et quelles sont les choses que tu peux faire et ne peux pas faire avec ton permis ?

Je peux faire certaines choses, mais il y a d’autres choses que je ne peux pas faire. Par exemple, je ne peux pas sortir de Suisse. Je n’ai pas non plus droit à une carte SIM.

Pourquoi ?

Je crois que c’est parce que l’on ne peut pas passer de contrat sur le long terme, puisque on peut être renvoyé.e.

Et comment vis-tu cela ?

C’est très angoissant d’une part parce que l’on vit avec la peur d’être renvoyé.e et d’autre part parce que l’on ne peut pas avoir de vision à long terme. On ne peut rien construire. C’est très décourageant. J’ai entendu que quelqu’un avait eu un permis F pendant quatorze ans et c’est quatorze années que l’on passe sans oser se projeter, à s’attendre à devoir repartir. 

D’un point de vue professionnel, quels sont les effets du permis F ?

Maintenant on peut travailler avec un permis F, mais on ne peut pas faire tous les métiers que l’on veut. Il n’est pas non plus possible d’aller à l’université. Heureusement, on peut travailler, parce que l’argent de l’assistance sociale c’est peu pour vivre.

Qu’attendais-tu de la Suisse en arrivant ?

Je voulais trouver la paix et ici il n’y a pas de discrimination des minorités comme en Afghanistan. En Iran nous étions des esclaves ; ici nous sommes libres.

Cependant il est partout difficile d’être réfugié.e. On se sent très seul.e. Et ici l’intégration n’a pas toujours été facile. Par exemple, je portais le voile en arrivant. Mais on me regardait méchamment et j’ai plusieurs fois été traitée de « terroriste » ou de « musulmane ». Alors je l’ai enlevé pour m’intégrer. Ca m’a dérangée au début, mais maintenant je trouve cela normal.

Une dernière question. Qu’as-tu fait depuis ton arrivée en Suisse et qu’as-tu encore envie de faire ?

Je me pose beaucoup cette question. Pour moi, la priorité, c’est d’apprendre encore mieux le français pour mieux être acceptée. J’aimerais également beaucoup, après ma formation d’assistante en soin, faire infirmière.  

Y a-t-il encore quelque chose que tu voudrais dire ?

Oui. Je souffre beaucoup de la solitude. Et il y a une sorte de paradoxe. Avec le permis F, il est difficile de travailler, donc difficile de s’intégrer et en même temps on est peu accompagné.e parce qu’on a le permis F. On se retrouve très seul.

PM 4

Comment ton arrivée en Valais s’est-elle déroulée ?

Quand je suis arrivée en Suisse en 2015, j’étais à Bâle. Je suis restée pendant dix-huit jours là-bas. J’étais avec la famille de ma sœur. Après dix-huit jours, nous avons déménagé dans le canton du Valais, au foyer à Saint-Gingolph.

Je suis restée pendant 6 mois dans le foyer de Saint-Gingolph. J’ai déménagé toute seule au Mayen de l’Ours et je suis restée pendant une année et sept mois là-bas. La famille de ma sœur a déménagé après trois mois à Saint-Gingolph. Après je me suis mariée. Après mon mari et moi, nous sommes partis, nous avons déménagé à X. Maintenant j’habite à X. Mon mari est afghan aussi. Il est venu avec moi.

Comment tu t’es sentie quand tu es arrivée en Suisse ?

Quand je suis arrivée à Bâle, j’étais contente parce que j’ai trouvé le canton de Bâle très joli. C’était bien. Pour moi c’était une ville intéressante. Mais dans le canton du Valais, c’est différent car ici il y a beaucoup de montagnes. Malheureusement je n’aime pas les montagnes. Le canton de Valais c’est beau, j’aime beaucoup, sauf les montagnes. Mais je trouve que c’est bien, ici ce pays est très vert. Il y a beaucoup d’arbres ici.

Quel permis as-tu ?

Malheureusement, malheureusement, malheureusement, j’ai le permis F. Il y a beaucoup de problèmes avec le permis F. Nonante pour cent des gens ont le permis F et dix pour cent ont le permis B. Pour le permis B, il y a beaucoup de choses positives. Pour le permis F, il y a beaucoup de choses négatives.

Par exemple, le voyage est important. Pas seulement pour moi, c’est pour tout le monde. Mais malheureusement avec le permis F, j’ai le droit de voyager seulement en Suisse. Mes parents sont tous seuls, ils ont besoin que je vienne les voir au moins une fois par année.

Pour le travail aussi. D’abord c’est pour les personnes qui ont le permis B. Le travail c’est pour eux, pas pour nous. On doit toujours attendre avec le permis F.

Et aussi, nous sommes tous réfugiés : quelqu’un qui a le permis F, quelqu’un qui le permis B, quelqu’un qui n’a pas de permis, ils ont eu une réponse négative. Ok, nous sommes tous réfugiés ici. Nous avons besoin des mêmes choses pour vivre. Pourquoi les personnes qui ont un permis B, ils peuvent toucher 900 francs par mois et pour les gens avec le permis F, 480 francs. C’est quoi la différence ? Moi je n’ai pas besoin d’argent ici, je n’ai pas besoin d’aide de quelqu’un. Mais je devrais avoir le droit de voyager et ce n’est pas seulement mon besoin. Tout le monde en a besoin.

Pourquoi je n’ai pas le droit de travailler ? Les personnes qui ont le permis B, pour voyager, pas de problème ; pour travailler, pas de problème ; pour toucher de l’argent, pas de problème. Mais je crois que le gouvernement suisse doit réfléchir un peu plus pour les personnes qui ont un permis F. Nous sommes comme vous. Si vous avez besoin de voyager, nous aussi. Si vous restez tous les jours à la maison, après quelques mois, quelques années, vous êtes malades. Nous aussi ! Moi je n’aime pas rester à la maison tous les jours. Mais où est-ce que je peux travailler ?

J’ai un grand problème ici. Malheureusement je n’arrive pas à travailler. J’ai terminé mon université en Iran. J’ai le Bachelor mais malheureusement ici, en Suisse, on n’a pas reconnu mon Bachelor. On m’a dit qu’en Suisse c’est différent et que je dois continuer à étudier ici. Je dois recommencer. Ça veut dire que je peux mettre mon Bachelor à la poubelle. Je sais que dans d’autres pays ce n’est pas comme ça. Je ne sais pas pourquoi en Suisse c’est comme ça. Pour moi, c’est difficile.

Pour nous, il y a beaucoup de problèmes ici. La Suisse est un pays bien. Moi je trouve qu’il n’y a pas beaucoup de racisme, les gens sont vraiment gentils. Moi j’ai beaucoup d’amis suisses. Mais malheureusement, je ne sais pas pourquoi ils ont trois, quatre permis pour les personnes réfugiées. Et pourquoi, il n’y a rien de positif pour le permis F. S’ils trouvent une solution pour nous permettre de voyager, ce sera mieux pour nous.

Pour toi le plus gros problème c’est de ne pas pouvoir voyager ?

Oui d’abord, c’est voyager. Puis c’est les études et après un travail.

Quels sont tes projets ?

Je vais continuer d’étudier. Et j’aimerais bien travailler comme avant, comme en Iran. Je travaillais dans un hôpital.

Quand tu vois ta situation maintenant, est-ce que tu as des regrets ou tu es contente ?

Bien sûr que je suis contente maintenant. Je suis contente parce que je suis afghane née en Iran. Pendant 27 années, j’étais en Iran. Malheureusement dans mon pays, ce n’est pas possible d’y vivre. C’est trop dangereux. En Iran, ce n’est pas dangereux. Mais ce n’est pas la même chose qu’ici. Rien n’est pareil, le gouvernement et les gens iraniens ne sont pas gentils. Avec nous, les afghans c’est comme ça. En Iran, il y a seulement trois ou quatre pays d’où viennent les réfugiés : Afghanistan, Pakistan, un peu, et aussi un petit peu un pays arabe. Je ne sais plus lequel. Mais il y a beaucoup d’afghans en Iran. 

Donc les personnes afghanes en Iran sont déjà des personnes réfugiées en Iran ?

Oui.

Donc toi, c’est comme si tu étais deux fois réfugiée ?

Oui. C’est pour ça que je trouve qu’ici c’est bien pour moi. Je n’ai pas de stress ici, je suis calme mais malheureusement il y a deux, trois choses négatives pour moi que je vous ai dit avant. Mais le reste, ça va très bien ici. En Iran, par exemple, si je n’avais pas d’argent, je n’avais pas de droit de vivre dans une maison. Je devais rester dans la rue. Je devais rester dans un parc, à côté des poubelles.

Mais ici je ne sais pas combien le gouvernement paie. Je ne sais pas combien ça coûte l’appartement, la santé, les assurances maladies. Il y a beaucoup de choses différentes avec l’Iran. Je ne sais pas comment ça se passe en Afghanistan, je suis née en Iran. Mais j’entends qu’en Afghanistan, il y a des bagarres, c’est dangereux. Mais ici non, pour moi ça va très très bien. Je suis contente d’être dans un pays sûr, dans un pays calme. J’ai appris le français et je vais continuer à étudier. Je sais que c’est difficile mais je vais continuer, je vais continuer ma vie ici. Je suis contente ici. 

Quand tu es arrivée en Suisse, tu avais une autre vision de comment allait être ta vie ?

Non, je ne me suis pas posée de questions parce quand j’étais en Iran je ne connaissais seulement deux pays : l’Iran et l’Afghanistan. Et ils ne sont pas bien. Quand j’étais en Iran, je ne connaissais pas beaucoup les pays européens. Sauf que j’ai entendu que les pays européens ne sont pas racistes et il y a beaucoup de choses positives pour les réfugiés dans les pays européens.

Pour toi, il y a plus de racisme en Iran qu’en Suisse ?

Bien sûr, ici il n’y a pas de racisme car il y a beaucoup de gens afghans et iraniens. En Iran, il n’y a pas de guerre mais il y a beaucoup de gens d’Iran. Ils ne sont pas tranquilles dans d’autres pays.

Les iraniens ne pourraient pas vivre dans d’autres pays, seulement en Europe ?

Oui, oui. L’Europe c’est différent c’est vrai. 

Qu’est-ce qu’il te faut maintenant pour trouver un travail ?

Etudier. Avec mon Bachelor, ici ça ne va pas, alors je vais continuer à étudier ici et en même temps à travailler.

Tu vas rester en Suisse ?

Oui j’aimerais bien rester en Suisse. Oui je trouve que la Suisse est un bon pays.

PM 5

Bonjour. Peux-tu d’abord te présenter ?

Bonjour. Oui, je m’appelle X, je suis Kurde, je viens d’Iran. J’ai trois enfants, trois filles. La plus petite a quatre ans. Je suis ingénieur en hydrogéologie et je suis arrivé le 17 août 2018 en Suisse, à Chiasso.

Comment ton arrivée en Valais s’est-elle déroulée ?

D’abord j’étais au Tessin deux semaines et ensuite j’ai été à Vernamiège. Ça m’a plu parce que c’est montagneux comme chez moi. Il y a aussi beaucoup de soleil et des vignes, comme au Kurdistan. C’était très semblable à mon pays.

Au foyer à Vernamiège il y avait vingt familles. Il y avait une chambre par famille avec un salon et des toilettes. C’était mieux qu’à Chiasso. À Chiasso on était sous la terre. C’était des abris antiatomiques. On se sentait bien à l’alpage, les gens du personnel était très bons et on s’entendait bien avec les autres familles. On avait des règles et tout se passait bien.

Quel permis as-tu ?

J’ai le permis N.

Et quels sont les choses que tu peux et ne peux pas faire avec le permis N ?

Le permis N est un permis pour six mois. On est en attente de décision. On peut étudier, on peut voyager en Suisse, mais on ne peut pas voyager en dehors de Suisse.

Tu étais hydrogéologue. Est-ce que tu travailles maintenant ?

Maintenant je veux me concentrer sur la langue pour bien communiquer. C’est la clef des choses. Je peux aussi dire quelles qualifications j’ai si je peux bien parler. Je n’ai pas essayé de travailler jusqu’à maintenant, je pense qu’avec le permis que j’ai, je ne peux pas. Je préfère étudier beaucoup et progresser en français.

Et tes enfants ont aussi un permis N ?

Oui, toute la famille. Mes filles vont à l’école. Ma grande fille a quinze ans et l’école est obligatoire jusqu’à cet âge et elle va aller maintenant à l’OSEO. Il y a une école pour les adultes. C’est un peu difficile pour elle parce qu’elle a quinze ans et elle va aller à l’école avec des gens qui ont vingt ans. Mais on va essayer de s’intégrer le plus vite possible.

En quoi est-ce que ton permis complique ta vie au quotidien ? Est-ce que tu as l’impression que ça la complique ?

Ça ne complique pas vraiment. J’habite dans un gentil et tranquille village, il s’appelle Grône. J’aime ce magnifique village, il y a des places de jeu, une piscine, il y a Happyland et Recto Verso. Le problème pour les réfugiés est pour étudier. Il n’y a pas assez de cours pour apprendre la langue. Il y a beaucoup de différents niveaux. Et je voudrais qu’il y ait cinq jours par semaine pour apprendre le français. Mais il n’y en a que trois et c’est deux heures par jour. C’est une difficulté que la Suisse devrait prendre en compte. 

Qu’as-tu fait depuis ton arrivée ?

Au foyer, j’ai travaillé dans la cuisine du foyer avec quelqu’un qui habitait là. Maintenant j’étudie beaucoup le français avec les cours et avec internet aussi.

Que voudrais-tu encore faire ?

J’aimerais vraiment m’intégrer mieux dans la communauté valaisanne. Je suis allé deux ou trois fois à la commune pour dire que je pouvais travailler pour le village comme bénévole. M’intégrer est vraiment un but. Mes enfants vont à la ludothèque de Grône avec ma femme pour faire des rencontres.

As-tu l’impression d’avoir réussi ?

J’ai essayé, mais je dois essayer de m’intégrer encore plus. J’aimerais vraiment trouver un travail pour arrêter l’aide sociale. Ce n’est pas bien pour nous, j’ai toujours travaillé dans mon pays, j’ai toujours payé les taxes, j’ai toujours participé à la communauté. Je souhaiterais continuer à être hydrogéologue. Ici il y a aussi beaucoup de problème avec le climat, la fonte des glaciers d’eau et j’ai déjà visité le barrage de la Grande-Dixence. Dans ma région en Iran il y a aussi des barrages.

J’ai étudié jusqu’au master et j’ai vingt ans d’expérience professionnelle. Mais si ce n’est pas possible je suis prêt à faire autre chose. Finalement je voudrais être utile.